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Quand une mairie enlève le drapeau européen : ce que dit vraiment le droit français

Public - Public
04/02/2026

En janvier 2026, dans un contexte de contestation de l’accord UE/Mercosur et de mobilisation du monde agricole, plusieurs maires ont décidé de retirer le drapeau européen de la façade de leur mairie. Ce geste, fortement symbolique, a suscité des interrogations quant à sa légalité au regard du droit public français. L’analyse juridique montre que le retrait du drapeau européen est, en principe, licite, mais que les initiatives qui l’accompagnent peuvent rapidement exposer les communes à un risque contentieux.

Un cadre juridique qui ne rend pas le drapeau européen obligatoire

En droit constitutionnel, un seul drapeau est expressément reconnu. L’article 2 de la Constitution de 1958 dispose que « l’emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge ». Le drapeau européen ne bénéficie d’aucune reconnaissance constitutionnelle. Sa présence sur les façades des édifices publics relève donc de l’usage et non d’une obligation légale, à l’instar des drapeaux régionaux.

Une proposition de loi adoptée en première lecture par l’Assemblée nationale le 10 mai 2023 visait à rendre obligatoire le pavoisement des drapeaux français et européen pour les communes de plus de 1500 habitants. Toutefois, ce texte n’a pas été examiné par le Sénat. En l’état du droit positif, aucune obligation générale de pavoisement européen n’existe pour les mairies.

Il convient néanmoins de rappeler que, sur instruction gouvernementale, le drapeau national doit obligatoirement être hissé lors de 14 journées commémoratives nationales. Le 9 mai, journée de l’Europe, constitue la seule date pour laquelle le drapeau européen est requis. En dehors de cette journée, le retrait du drapeau européen de la façade d’une mairie ne soulève donc aucune difficulté juridique.

La situation est différente pour les établissements scolaires. L’article L.111-1-1 du Code de l’éducation impose expressément l’apposition de la devise de la République, du drapeau tricolore et du drapeau européen sur la façade des écoles, collèges et lycées, y compris privés sous contrat. Le retrait du drapeau européen y serait illégal.

Neutralité du service public et limites aux initiatives symboliques

Au-delà de la question du drapeau européen, le droit administratif encadre strictement le principe de neutralité des services publics. Selon une jurisprudence constante, il est interdit d’apposer sur un édifice public des signes traduisant une prise de position politique, religieuse ou philosophique. Le juge administratif sanctionne ainsi régulièrement l’installation de banderoles, fresques ou drapeaux porteurs d’un message polémique.

La jurisprudence récente illustre cette ligne de crête. Sont censurées les initiatives perçues comme un soutien politique explicite, notamment en lien avec des conflits internationaux ou des débats nationaux clivants. À l’inverse, sont admis les symboles qui s’inscrivent dans un message consensuel et principalement humanitaire, comme cela a été jugé pour le drapeau ukrainien depuis 2022.

Dans ce contexte, le remplacement du drapeau européen par des messages ou emblèmes syndicaux en soutien au monde agricole présente un risque juridique élevé. Une telle démarche pourrait être analysée comme une méconnaissance du principe de neutralité et faire l’objet d’une censure par le juge administratif.

Enfin, il ne faut pas négliger la question de la compétence. Si le maire peut décider seul de retirer un drapeau existant, l’apposition d’un drapeau étranger ou régional relève de la compétence du conseil municipal, conformément à l’article L.2121-29 du Code général des collectivités territoriales. Plusieurs décisions ont annulé des initiatives municipales pour vice d’incompétence, indépendamment même de toute atteinte à la neutralité.

Ainsi, si le retrait du drapeau européen d’une mairie est juridiquement possible hors du 9 mai, toute initiative symbolique complémentaire doit être maniée avec prudence. Le droit du pavoisement demeure un terrain sensible, au croisement du symbolique, du politique et du principe fondamental de neutralité des services publics.